Je suis rentrée il y a longtemps déjà. J’ai ramené mon bateau au port, à bout de force. Mais toi, je t’attends toujours. Mon hirondelle. Mon âme fragile.

Autrefois les anciens me racontaient leurs histoires. Je les écoutais et j’admirais ces hommes usés par la vie. Ils me parlaient de la galère de ces voyages sans fin pour lesquels ils étaient partis vaillants. Tout, ils avaient tout prévu. Et pourtant les obstacles avaient surgi, dans la douleur et l’incompréhension. Le destin les avait trahis. Mais ils étaient là, et ils me racontaient leur histoire.

Ainsi sont les marins, ils n’abandonnent pas, ils résistent et survivent. Ou meurent. Telle l’hirondelle qui rentre au pays,  j’ai affronté ce voyage. Mon navire, mon si beau bateau…
Il était tout. J’y avais embarqué toutes mes espérances, ce projet m’avait rendue forte. J’avais pris la mer sans aucun doute, sans aucune crainte. Beautiful Sailor, c’était son nom. Je l’adorais, je lui avais tout donné et il ne pouvait pas me trahir. Il ne m’arriverait rien, je le savais, j’avais confiance.

Je suis rentrée depuis. J’ai regagné mes attaches. Mon bateau a péri. Mon si beau bateau… Il a tant souffert, il a lutté mais la nature me l’a pris. Je le pensais parfait, il a été fort et m’a soutenue jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus. Je m’étais juste trompée.
Une hirondelle est arrivée peu après moi. Elle avait survécu à son voyage elle aussi. Ses ailes brisées l’avaient portée avec courage. Je l’ai recueillie. Je l’ai soignée, petite chose inconsciente qui n’était finalement pas de taille.
C’était elle. L’hirondelle de mes anciens, cette toute première hirondelle qu’ils tatouaient sur leur peau afin de prouver au monde entier qu’ils avaient parcouru la dure vie des marins.
La première hirondelle. Celle qui a survécu au premier voyage, au premier périple, aux premiers miles. La première épreuve.

Mais aujourd’hui je t’attends. Toi, ma seconde hirondelle. Celle qui viendra me dire que l’épreuve est finie. Celle qui me dira que j’ai réussi, que j’ai survécu et qu’enfin, je suis guérie. Je te poserai sur ma peau mon hirondelle, comme ces marins. Deux hirondelles, toujours. Tu seras là, je te piquerai et je retiendrai mes larmes car tu seras aux cotés de cette première âme qui est partie. Tu m’aideras à prouver au monde que j’ai appris et que je suis vivante. Je suis dans la seconde partie du voyage. Mon bateau est au fond de l’océan, je ne le réalise que maintenant. Mais je t’attends.  J’ai parcouru les miles. Tu les auras parcourus toi aussi. Tout ira bien.

photo : ici

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