Hier j’ai fait la première course de ma vie. Une vraie, quand tu cours et que t’es en compétition avec des gens. C’était censé être un étalonnage en prévision des 10km de l’Équipe mais en fait je me suis caguée, comme quand j’étais gamine et que j’allais en compèt’ de natation. Je déteste ça. J’ai toujours été nulle en compétition. Je n’ai d’ailleurs jamais compris pourquoi tous les clubs dans lesquels j’ai été inscrite, toutes disciplines confondues, s’entêtaient à me faire faire de la compèt’ alors que j’étais mauvaise.

Dimanche matin donc. Il est 8h50, je retrouve mon collègue de travail, grand mestre du running dans la boite où je bosse. On papote. Je lui dis que si je fais un temps de merde je ne courrai plus jamais de ma vie. J’attendais qu’il me réponde « Mais non tu vas pas faire un temps de merde », comme quand tu attends qu’on te dise « Mais non t’es pas grosse » quand tu dis « Putain jsuis grosse ». Il me répond « Mais non tu vas pas faire un temps de merde ». Ok, je vais donc faire un temps de merde. Anyway, vingt minutes plus tard, on arrive. Il y a du monde partout, il fait froid et bien évidemment j’ai envie de faire pipi. LOGIQUE puisqu’il faut boire beaucoup pour éviter les crampes bla bla bla.

Deux autres collègues nous rejoignent :
– Ça va?
– Ça va, fait un peu froid.
– Et toi, ça va?
– Ça va, faut que j’aille faire pipi.
AH ! Mon acolyte de vessie trop pleine et moi nous mettons donc en quête de toilettes. On en trouve. On fait la queue. Un quart d’heure plus tard, on est toujours dans la queue. Il est 9h54, la course démarre à 10h00. On se dit qu’on va abandonner l’idée de faire pipi et on sprinte vers la ligne de départ. Ça tombe bien, on s’était pas échauffé puisqu’on faisait la queue comme des cons depuis une demi heure. On s’incruste parmi les premiers coureur et PAN! C’est parti.

J’ai mon iPhone dans une main, mon envie de pisser dans l’autre. J’ai déjà commencé à courir, je lance ma playlist « Running » et je démarre Nike +. Cette manip’ me déstabilise légèrement et casse mon rythme. Arrive alors ce que je redoutais : un point de côté. MON point de côté. Fidèle devant l’éternel, toujours au même endroit, sur les abdos supérieurs, à droite. Il est là, il s’installe. J’attends de voir s’il me laisse tranquille ou s’il se déclenchera franchement plus tard pour bien me pourrir ma course.
Je me demande ce que je fais sur ces 10km avec mes Shox et mon petit mois d’entrainement. C’est à ce moment là que commence la lutte psychologique entre le moi qui veut faire la grande sportive et le moi qui sait pertinemment que je suis une flemmarde endurcie. Ça fait pas 1km qu’on est parti que je suis déjà seule, mes trois comparses étant loin devant.
Je cours, je me fais doubler, je cours encore, je me fais toujours doubler. Je me demande s’il restera des coureurs derrière moi quand je passerai la ligne d’arrivée tant je me fais doubler sans jamais doubler personne moi-même.

C’est vraiment long 10km. J’enchaine les premiers sans trop de difficulté, je passe les bornes kilométriques en n’attendant qu’une chose : les suivantes. Elles sont drôles les bornes.
« KM5 : Ça y est, la course commence ! » Au bout de 5km ouais la course commence bien ouais.
« KM6 : Lève les cuisses » Hum. Il est bizarre cet encouragement mais ok.
Je me demande si ça ne serait pas plus efficace si elles indiquaient plutôt « Bouge-toi grosse feignasse » ou « Allez, dans 1km tu pourras t’envoyer un gros DoMac ».
La lassitude me fait craquer. J’en suis à sept kilomètres et je me fais toujours dépasser par les autres. Je regarde l’heure, 10h45. Je pense que je peux définitivement abandonner l’idée de finir sous les 60 minutes.
Du coup j’augmente le son de ma running playlist et ô miracle, le shuffle me balance Skrillex. Le son de ce mec m’a toujours fait penser aux Pokémons, je ne saurais dire pourquoi. C’est alors que je sens la folie me gagner. Je suis subitement prise d’une vague de sur-motivation,  je me transforme et j’augmente ma foulée, telle une runneuse professionnelle que je ne suis pas mais je m’en fiche j’ai Skrillex dans les oreilles et je suis une warrior dans ma tête OKAY ?

Je me ressaisis. Je vois la borne du 8ème kilomètre : « Le plus dur est derrière toi ». Je lui crache à la gueule à cette connasse de borne et je continue. Ma vessie se rappelle gentiment à moi et mon point de côté est toujours là. Il ne me fait pas souffrir mais il reste en stand by, histoire de ne pas se faire oublier, des fois que tout ce bordel de course soit trop facile.
9ème kilomètre, j’en ai vraiment très marre mais j’arrive à remonter quelques personnes. Après m’être faite doubler durant toute la course ça fait bien plaisir. J’aperçois mon collègue sur le bord de la route; il m’avait dit qu’il viendrait à ma rencontre pour m’encourager sur la fin de ma course, je suis touchée qu’il l’ait fait. Même si ça veut dire qu’il a, lui, fini sa course depuis au moins 20 minutes et que j’ai donc bien fait un temps de merde.
Je cours, je cours et je cours again. Encore un virage à droite, un dernier à gauche et je suis sur la ligne droite finale. J’entre dans le Château de Vincennes, sur tapis rouge svp. Tellement rouge le tapis qu’il y a des photographes qui me tirent le portrait pour « immortaliser le moment », comme si je voulais m’immortaliser dégoulinante de sueur avec mon mascara qui me coule jusqu’au milieu des joues. Enfin les derniers mètres, je double un mec juste avant l’arche d’arrivée, pour la gloire.

1:00:58 au chrono. 1:00:47 temps réel.

Finalement je regrette qu’il n’y ait pas vraiment eu une borne « Bouge-toi grosse feignasse ». J’aurais pu finir en moins d’une heure, et surtout, j’aurais pu faire pipi plus tôt.

photo : aarmono

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